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Carte blanche à Marie-Pierre Musseau : les mois de l’année et leurs légendes

Chaque saison est un livre de contes. Pour chaque plante, fleur ou herbe, aussi petite soit-elle, il se conte une histoire car chacune possède un esprit qui enchante prés, bois, collines et jardins, même urbains …


OCTOBRE

De même qu’on ne peut dater exactement le moment où le Moyen Age a laissé sa place à la Renaissance, il y a encore en octobre des journées de septembre.
Les liens de parenté des saisons les obligent à de mystérieux arrangements.
Toutefois, on sait que les jours se font plus courts et que l’hiver est en route.

De somptueux artifices se déploient et les frondaisons, avant de s’effeuiller, s’empourprent.

Ici, un feu follet saute de branche en branche, toujours en mouvement, habile à se déplacer, petit écureuil au minois rusé, aux oreilles en pointe, à la silhouette fuselée.
On le dit né du croisement d’une renarde et d’un lutin et on en fait aussi le compagnon des fées.
Occupé à amasser de copieuses quantités de noix et de noisettes, il part à la recherche d’un douillet refuge pour se protéger des grands froids à venir.

Là, un petit garnement, pas pressé de rentrer, ivre de jus de pomme et de toutes sortes de baies : le lérot.
Comme abri pour passer les mauvais jours, il a choisi le grenier où il pillera les réserves.
Il y mènera un tel tapage que les habitants inquiets croiront leur maison hantée !

Octobre, c’est le temps des labours.
Pour qu’il puisse faire son travail dans de bonnes conditions, le laboureur doit maintenir de bonnes relations avec le petit peuple des esprits des champs et des haies.
Il ne faut jamais oublier de laisser un petit coin herbu pour que les fées puissent venir danser et pour qu’à la belle saison, les oiseaux, la petite faune et les papillons y trouvent de quoi se nicher, picorer, grignoter, butiner …


SEPTEMBRE …

… derrière ses fastueuses richesses et ses parures festives cache l’arrivée sournoise des mois frais.
Il se montre souvent comme un second printemps.

Les grosses chaleurs de l’été se sont adoucies, les lumières se tamisent et sur tous les horizons, les frondaisons déploient des merveilles.

C’est le temps de la noisette, fruit de la sagesse et de l’immortalité dont les druides absorbaient la liqueur, obtenant ainsi leurs pouvoirs prophétiques.

On dit de la noix qu’elle est le fruit d’un arbre ténébreux, autour duquel rien ne pousse et que là où il y a beaucoup de noyers, il y a beaucoup de sorcières.
Une fois vidées de leurs fruits, les coquilles sont utilisées par les fées en guise de berceaux et de nacelles.

Plante sacrée et bienfaisante, le lierre, porté en bracelet, assure la fidélité aux amants et sa ceinture éloigne les douleurs de l’âge.
A cette époque de l’année, ses pouvoirs sont grands.

Septembre, c’est le dernier moment pour apercevoir le petit peuple minuscule, familier des mousses et des lichens.
Discrètement, il profite d’une dernière ronde avant de regagner ses trous, fissures et crevasses.
Pour l’observer, il est recommandé de se servir d’une loupe, de rester silencieux, immobile et de se vêtir de branchages.

Le 20 septembre, c’est la St Eustache …
On prétend que c’est parce qu’il y a de moins en moins d’Eustache que le monde est malade car “en priant St Eustache, tous les maux se détachent”.



AOUT …

Le paysage est vert et or, le soleil mûrit le grain à point.

Tout au début des temps, le créateur, voyant de là-haut les hommes se massacrer pour un cuissot de porc sauvage, décida de descendre sur terre pour apaiser leur faim et leurs instincts belliqueux.
Ce faisant, il ouvrit la main puis la referma. Lorsqu’il l’ouvrit à nouveau, elle contenait une poignée de grains de blé qu’il lança à la volée et d’un mouvement de pied les mélangea à la terre, les y enfonça et les bénit.
Au même instant surgit à perte de vue un champ de blé doré, un blé sacré, dont on fait l’hostie et le pain de tous les jours.

En août, c’est le moment des myrtilles.
Dans le secret des bois, de petites baies noires juteuses et sucrées se multiplient, comme échappées d’un chapelet.
On y voit mieux, plus clairement même dit-on en les mangeant.
Les enfants savent qu’avant d’en goûter une, ils doivent déposer les deux premières sur une pierre pour obtenir une abondante provision.
Consacrée à Vénus, la myrtille est un symbole de l’amour …

Chaque année, entre le 10 et le 15 août, autour de minuit, les étoiles filantes tombent en pluie, traversent la nuit comme des flèches de feu, celles que les archanges tirent sur les démons de toutes sortes, acharnés à vouloir envahir le royaume des dieux.
Ce sont de bien jolies et mystérieuses manifestations des légendes célestes !
On raconte aussi qu’elles annoncent la naissance des fées, on dit que les voeux que l’on parvient à formuler durant la brève vision de l’étoile s’accomplissent.

Sous la pluie lente des étoiles aoûtiennes, l’herbe s’illumine et s’étend plus loin encore que les imaginaires des temps reculés …



JUILLET …
Le jardin est en fête avec ses cavalcades d’oeillets, ses défilés de giroflées entre parterres d’impatiences et allées d’azalées.
C’est le mois du groseiller, buisson de perles et de pendants d’oreilles.
On dit qu’il protège le jardin du diable !

Le tilleul, paisible et sage, semble porter tout le ciel dans ses branches. Planté depuis tellement longtemps, il a tout vu, tout connu, tout entendu des temps anciens.
Vénéré jadis comme arbre protecteur et miraculeux, le tilleul aux feuilles en forme de coeur est devenu le symbole de l’amour et de la fidélité mais on sait aussi que ses fleurs favorisent le sommeil et les beaux rêves.

Flore et faune confondues, tout veille, guette, rampe et fourmille.
Le monde des insectes est semblable à celui des fées. Pour le découvrir, il faut chercher, se pencher, tendre l’oreille, prendre mille précautions.
Casqués, ailés, en robe de dentelle, ils ne sortent de leur royaume secret que portés par les lumières de l’été.
Ils se dispersent sous les herbes, les feuillages et dans les fleurs, s’en vont par les bois et les champs, s’envolent en papillon, en éphémère ou en abeille.
La grande sauterelle verte porte bonheur quand elle entre dans une chambre où se trouve un berceau : l’enfant sera chanceux !

Les soirs de juillet, par les prés, les marais, le long des des fossés dansent les belles lumerelles. Sont-elles des fées ? Animées d’une frissonnante et fugitive lueur, elles sont la troublante apparition d’une fille aimée en rêve qui se montre un instant, diaphane, qui effleure vos lèvres et s’échappe …



JUIN …

C’est le mois de Junon, déesse de la lumière céleste, divinité lunaire qui veille sur les mariages et les ventres ronds.
C’est aussi le mois de la jeunesse, des muses et des vertes prairies, des feux de la Saint Jean et du plus long jour.
Juin … Image de la faune en amour, des soirées douces et parfumées, de l’herbe la plus haute à l’apogée de ses essences.

Avec l’or des boutons rivalise l’éclat des coquelicots.
Tandis que les elfes se régalent de son miel, le chèvrefeuille, buisson protecteur des lieux secrets et symbole des liens d’amour, entoure et étreint de ses rames étirées jardins, arbres et buissons.
A l’ombre des sous-bois, entre ombre fraiche et chaude lumière se rassemblent les digitales, fleurs préférées des fées, bienfaitrices et vénéneuses à la fois.

Il est temps d’aller cueillir les herbes de Saint Jean, aux vertus magiques et médicales.
Elles sont nombreuses, on ne sait pas trop combien car le chiffre change selon les régions, les grimoires et les mémoires.
Parmi les plus puissantes, le millepertuis, tourné vers la lumière, chasse le tonnerre et les maladies.
La verveine, herbe à Vénus aux mille vertus, entre dans la composition des philtres d’amour.
Selon Albert le Grand : “qui porte sur lui de l’armoise n’a rien à craindre du feu, du poison et des démons.” L’armoise protège du malheur et des voleurs.
La sauge “salvia” est une plante sacrée qui sauve et guérit à tel point que les druides lui attribuaient même le pouvoir de ressusciter les morts.
De toutes les plantes de Saint Jean, la fougère est la plus magique mais aussi la plus dangereuse à manipuler car le diable la veille ! Elle possède plus de secrets que l’homme ne peut imaginer et connait les lieux où se cachent les trésors.


MAI …
De tous les mois du calendrier, c’est le préféré.
Mois des fleurs, mois des fées, mois des amours et de toutes les promesses.
La rosée de jouvence remplace la gelée blanche.
Il y a quelques temps déjà, les garçons du village se faufilaient sous les fenêtres des filles pour accrocher un “mai” aux volets ou au faîte de la cheminée. Je ne suis pas sûre que ces rituels existent encore de nos jours, peut-être en des lieux reculés de nos campagnes profondes !
Chaque branche, selon le langage des arbres, portait un message.

La nuit du 30 avril, les jeunes gens s’en vont couper le “mai” destiné aux jeunes filles en âge de se marier.
Cette tradition connait un tel succès qu’à partir du 13ème siècle, des châtelains interdisent aux paysans de “quérir le may” car ils saccagent leurs forêts.
Certains font même garder les bois.

Parfois, au matin du 1er mai, la jeune fille découvre le “mai” au son d’une aubade mais les jeunes gens n’expriment pas que leurs amours.
Certaines variétés d’arbres symbolisent des sentiments bien différents.
En voici quelques exemples :
– l’épine noire : méchante
– le cerisier : dévergondée
– Le pommier : alcoolique
– le genêt : cruelle
– le sureau : vertu douteuse

A contrario :
– le chêne : je t’aimerai toujours
– le laurier : tu me plais

Les filles volages appréhendent de découvrir leur “mai” mais bien souvent, leur père se lève à l’aube pour vérifier les branches et les changer si besoin.

En ce mois de mai médiéval, plusieurs coutumes célèbrent le retour du printemps, la renaissance de la végétation.
Il est d’usage de “s’esmayer”, ce qui signifie porter une couronne, une guirlande feuillue ou un tissu vert et celui qui oublie risque fort de recevoir une cruche d’eau en plein visage, avec la formule consacrée : “je te prends sans verd”

La couleur verte, “viridis” en latin, est une couleur courtoise, la couleur de l’amour naissant, de la chevalerie et des tournois mais c’est une autre histoire …




La nature change de couleurs au fil des saisons.

Le vert des feuilles provient de la chlorophylle que les plantes fabriquent à la chaleur du soleil.
Les verts du printemps laissent la place au jaune vif, aux ocre jaune et rouge cramoisi.

L’été se caractérise par son soleil zénithal où la luminosité est à son paroxysme, les accords de couleurs sont contrastés.

A l’automne, les couleurs de l’été brunissent et les bleus glissent vers le violet. Elles s’éteignent progressivement jusqu’à l’hiver dont la lumière reflète des tons plus froids, des gris, des bleus, du brun, du noir.

Le printemps redonne toutes leurs nuances aux couleurs de la nature et c’est en cette saison que la gamme est la plus ample, déclinant le plus grand nombre de tonalités.

Nous n’avons pas envie des mêmes couleurs en été et en hiver.
A la saison des gelées et de la neige, les couleurs chaudes et foncées, les bruns, les bleus indigo, les noirs et les rouges sombres nous réchauffent tandis que les couleurs claires nous rafraîchissent sous le soleil de l’été.

Pour la rentrée de septembre : la passionnante histoire de l’indigo

Chaque mois est un inépuisable livre de contes éclos à l’aube des temps et qui toujours grainent et repoussent dit le vieux faune.



Vous souhaitez en savoir un peu plus, n’hésitez pas à me suivre, avec plaisir …
MPM

 

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